La Treyne vue du pont Photo 001

La construction du fort de la Treyne, attestée en 1342, est due vraisemblablement à Guillaume et Hughes de Roffilhac.

Le 27 Janvier 1356, sur le pont d’Avignon, Noble Guillaume de Roffilhac rendait hommage, tête nue, à genoux et mains jointes à  » Magnifique homme Messire Guillaume de Beaufort, chevalier, vicomte de Turenne, pour le château ou fort bâti ou à bâtir au lieu de la Treyne, sur le bord de la Dordogne « .

Le 12 mai 1462, la seigneurie de la Treyne a été confiée par le vicomte de Turenne à noble homme Annet du Cluzel  » avec toute justice haute, moyenne et basse  » , après certainement l’extinction de la branche des Roffilhac. Le chevalier Annet du Cluzel fit construire l’église de Meyraguet dans laquelle il fut enseveli. Son gisant de pierre le représentant dans son armure de chevalier se trouve toujours dans la chapelle seigneuriale à gauche du transept de l’église de Meyraguet.

Le 7 mai 1519, noble Jean de la Treyne, fils de noble Annet du Cluzel, épousait noble Jeanne de Coustin de Bourzolles.

En 1540, Jean de la Treyne, rendait hommage au Roi pour le château, bois, rentes et pleine justice qu’il tenait du vicomte de Turenne, François de la Tour III, chevalier de l’ordre du Roi et capitaine de cent gentilshommes de sa maison.

En 1553, Louis de Cluzel est désigné seigneur de la Treyne. A la mort de Louis, assassiné en 1592, la seigneurie de la Treyne passe sur la tête de son fils, Jacques Galiot du Cluzel, écuyer qui rend hommage au vicomte de Turenne, Henri Ier de la Tour, le 2 décembre 1600. Après la mort en 1607 de Jacques Galiot du Cluzel, sans postérité, Jean de La Ramière, fils de Pierre et de Galienne de Cluzel, prit le titre de seigneur de La Treyne. L’histoire retient que la seigneurie de la Treyne est ainsi passée en 1607 des Cluzel aux La Ramière.

Cependant, si l’on considérait que la dévolution par les femmes devait être égale à celle des hommes, force serait de constater que la seigneurie de la Treyne ne cessait d’appartenir aux Cluzel. Il en serait de même en 1711, lorsque Marie de La Ramière apporta La Treyne à son époux Jean III de Cardaillac.

Pierre de La Ramière, époux de Galienne du Cluzel, seigneur de La Treyne, eut un rôle si important dans son parti et sa famille qu’il mérite un instant d’attention. Pierre, dit  » Le Capitaine « , embrassa la religion protestante. On lui attribue la victoire de La Roche l’Abeille, en Haute-Vienne, le 25 juin 1569. Au cours de cette bataille, Henri de Navarre, âgé seulement de 16 ans, fit ses premières armes, en présence de sa mère, Jeanne d’Albret.

VENIRDe cette époque, date l’amitié qui unissait le futur Roi de France à son compagnon d’armes, Pierre de La Ramière.(fac-similé de la lettre d’Henri IV à Pierre de La Ramière). Cependant, Henri de Navarre, entraînant la cavalerie avec ses mots fameux  » Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur et de la victoire « , devait abjurer la religion protestante pour conquérir le pouvoir après avoir considéré que Paris valait bien une messe (1594).

Entre-temps, La Treyne, qui était un repaire de Huguenots, avait été, en 1586, la proie des flammes par ordre du Duc de Mayenne, Lieutenant du Roi Henri III. En 1622, un arrêt du Parlement de Toulouse ordonnait la destruction de La Treyne, déjà ruiné par l’incendie  » vu la rébellion et les excès  » du fils de Jean de La Ramière, coupable de lèse-majesté.

Jean de La Ramière était décédé en 1616 et sa dépouille mortelle fut ensevelie de nuit et de force par ses fils dans l’église seigneuriale de Meyraguet malgré l’Ordonnance royale qui prescrivait que les corps des défunts ayant appartenu à la religion protestante réformée ne pourraient  » être enterrés dans les cimetières catholiques ni dans les églises sous prétexte que les tombeaux de leurs pères y sont ou qu’ils ont quelques droits de seigneurie « .

Une fois les guerres de religion achevées et la tranquillité revenue, les La Ramière remirent en état leur demeure de La Treyne.

C’est ainsi qu’au temps du Roi Louis XIII, ils restaurèrent le château, abaissant la tour carrée du XIVème, l’ancien donjon n’ayant plus la même nécessité défensive. Ils accolèrent, au nord de la tour carrée, un logis flanqué d’une grosse tour ronde. Cette restauration de La Treyne était achevée en 1643 lorsque Gédéon Ier, seigneur de La Treyne, rendit hommage au vicomte de Turenne, Frédéric-Maurice de la Tour Ier, duc de Bouillon et prince de Sedan  » pour le Château et la seigneurie « . Son fils, Gédéon II embrassa la religion catholique à la fin du XVIIIème siècle ainsi qu’en témoigne son testament en date du 5 avril 1701, mettant fin à près de deux siècles de résistance protestante.

Pierre, fils de Gédéon II, mourut en 1710, après avoir testé en faveur de sa sœur Marie de La Ramière, qui devait épouser l’année suivante Jean III de Cardaillac, seigneur de Végennes ( Canton de Beaulieu sur Dordogne en Corrèze ), capitaine d’artillerie, chevalier de Saint-Louis. Jean III, décédé le 20 mars 1752, fut inhumé dans l’église de Meyraguet. Au décès de son épouse, Marie de La Ramière, dame de Cardaillac, la seigneurie de la Treyne fut dévolue à leur fils, François-Emmanuel de Cardaillac qui épousa le 28 janvier 1748, demoiselle Jeanne de Montalembert.

La Maison de La Ramière, qui est classée parmi celles d’ancienne chevalerie, aurait conservé La Treyne, comme auparavant celle des Cluzel, si la dévolution de la seigneurie avait pu se faire par les femmes. Au milieu du XVIIIème siècle, le vicomte de Turenne perdit au jeu sa vicomté qui fut la dernière à être rattachée au Royaume de France.

Par lettres patentes du Roi du 29 décembre 1759, François-Emmanuel reçut don de la baronnie et du marquisat de Cardaillac en Quercy. François-Emmanuel, Marquis de Cardaillac, rendit ainsi hommage au Roi de 1760 à 1778 pour la terre et la seigneurie de La Treyne et de Meyraguet. Il mourut en 1782.

Son fils Joseph, né en 1752, épousa, le 27 mars 1783, Charlotte de Roquemaurel. Lieutenant du Roi pour la province de Guyenne, il s’éteignit au château de La Treyne le 28 septembre 1822.

Jean-Jacques-Joseph-Frédéric, Marquis de Cardaillac, arrière petit-fils de Joseph de Cardaillac, vendit le château et le domaine de La Treyne le 20 septembre 1910 à Monsieur Auguste-Gabriel Savard, industriel, inventeur du Bijou Fix, après que sa famille l’eût habité plus de deux siècles, voire plus de cinq siècles en suivant la lignée par les femmes après les Cluzel et les La Ramière.

La Treyne avait alors perdu beaucoup de son lustre d’antan. Heureusement, les propriétaires, qui allaient se succéder tout au long du XXème siècle, allaient déployer beaucoup d’énergie pour lui rendre l’aspect qui était le sien au temps du Roi-Soleil, le confort en plus.

Vue de Fenelon DSC_0214Monsieur Savard fit réaliser d’importantes transformations et confia à l’un des plus grands paysagistes de l’époque, Edouard André, le soin de dessiner le parc et le jardin à la française. En 1922, Monsieur Fontana, industriel espagnol, acheta le domaine et fit réaliser dans le château de grands travaux d’aménagement, notamment les boiseries du Grand Salon et celles du Salon de Musique.

Un entrepreneur de peinture n’avait pu oublier, à la fin de sa vie, l’impression qu’il avait ressentie en pénétrant, tout jeune apprenti, dans le Grand Salon dans lequel des artistes peintres s’affairaient à la décoration du magnifique plafond à caissons :  » je croyais entrer dans une cathédrale au Moyen-Age tant la ferveur et la joie étaient grandes ; j’avais l’impression que tout le monde chantait… « 

Les enfants de Monsieur Fontana, qui vivent en Amérique du Sud, ne manquent jamais, lors de leurs séjours, en Europe de revenir à La Treyne, pour retrouver le souvenir du bonheur de leur enfance. Durant la seconde guerre mondiale, André Chamson, grand écrivain, de l’Académie française, alors en charge du département des Antiquités Egyptiennes au Musée du Louvre, veilla sur une partie des trésors inestimables du musée qui furent entreposés provisoirement à La Treyne pour y être protégés, parmi lesquelles, le célèbre Scribe accroupi. Sa fille, Dominique Hébrard relate cet épisode dans son livre  » La chambre de Goethe « . En reconnaissance de ce séjour et en considération de la beauté du site de La Treyne, André Chamson contribua à le protéger en le faisant inscrire comme site pittoresque du Lot ( Arrêté Ministériel du 6 novembre 1946 ).

Le 10 avril 1954, Monsieur Santiard et Madame Bulteau unissaient leur passion pour les œuvres d’art en se portant acquéreurs du château. Ils réalisèrent d’importants travaux tant extérieurs qu’intérieurs. La Treyne servit alors d’écrin à leur magnifique collection de meubles et objets d’art de la Renaissance (XVIème siècle) que l’on peut admirer, de nos jours, au Château de Bourdeilles (Dordogne).

Depuis 1982, la famille Gombert, originaire de l’Aveyron, qui se considère comme simple dépositaire de cette belle demeure du Lot, œuvre avec passion pour la faire vivre par des manifestations culturelles ( expositions, concerts ) et la faire apprécier de ses hôtes.


Notice historique établie notamment grâce aux documents du fonds des archives du Château de La Treyne déposé par Jean de Cardaillac auprès des Archives Départementales du Lot et à l’article de Jean Calmon publié par le Bulletin de la Société des Etudes du Lot, sous le titre  » Le Château de La Treyne et ses seigneurs  » (1er trimestre 1957).